L'architecture française d'après-guerre : l'exemple de Le Corbusier

    Le XXème siècle a été marqué par les deux guerres mondiales. Elles ont bouleversé le monde et en particulier l'Europe par leurs dégâts matériels et moraux.

    En France, comme ailleurs, deux nécessités s'imposent : reconstruire des villes, en particulier des logements, et retrouver des dimensions humaines, la population étant en état de choc suite aux horreurs de la guerre. 

    C’est en alliant ces deux nécessités que Le Corbusier a inventé dans les années 1940 un nouveau système mesure : le Modulor.

Le Corbusier est un architecte du XXème siècle qui a profondément marqué l’architecture par ses idées. Il s’appuie beaucoup sur les mathématiques pour trouver son inspiration artistique.

    Les systèmes de mesure existant déjà ne lui convenaient pas. Le système anglo-saxon du pied pouce est certes basé sur les proportions humaines mais est peu pratique ; et le système métrique décimal est certes plus pratique mais basé sur le méridien terrestre et non sur l’homme. Le Modulor est basé sur la silhouette d’un homme de grande taille de 1m83 bras croisé et 2m26 les bras levés, ainsi Le Corbusier est assuré que Le Modulor respectera les proportions de l’Homme. De plus, pour donner à son système de mesure logique et harmonie, il s’est basé sur le nombre d’or (on parle ici du même nombre d'or que dans la partie sur le Parthénon).

 

Le Modulor est défini comme la « mesure harmonique à l’échelle humaine applicable universellement à l’architecture et à la mécanique ».

Le Modulor est basé sur deux suites, dont l’une est le double de l’autre :

11 ; 16 ; 27 ; 43 ; 70 ; 113 ; 183 ; 296…

22 ; 32 ; 54 ; 96 ; 140 ; 226 ; 366…

Chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes précédents (c'est donc une sorte de suite de Fibonacci).

L’homme du Modulor est basé sur ces mesures et a des proportions cohérentes.

Une construction est forcément harmonieuse si ses mesures sont issues de ces suites.

Figure 6: Mesures de l'homme du Modulor dans différentes positions.

La mesure est réalisée du pied jusqu'au trait horizontal. Ces mesures servent de base pour le système de mesure de Le Corbusier.

 

Arrondi au millième près, le nombre d'or vaut Φ = 1.618.

Le coefficient de proportionnalité entre les différentes mesures du document précédent est Φ:

226/140 ≈ 1.571 ≈ Φ                183/113 ≈ 1.619 ≈ Φ                     140/86 ≈ 1.628 ≈Φ  

113/70 ≈ 1.614 ≈ Φ                            70/43 ≈ 1.628 ≈ Φ                       43/27 ≈ 1.593 ≈Φ

 

    On note tout de même que ces valeurs ne sont pas d’une parfaite exactitude, mais Le Corbusier avait fait une bonne approximation de la valeur du nombre d’or.

 

    Il s’est servi de son système de mesure pour construire différents bâtiments, comme la cité radieuse de Marseille, où le nombre d’or est omniprésent. Par exemple le quotient de la hauteur du toit sur la hauteur totale (tour centrale) est égal à Φ.

 

 

Figure 7: La cité radieuse de Marseille.

La cité radieuse de Marseille n’a rien d’un succès architectural, et vue de l’extérieur, elle ne relève d'aucune originalité par rapport aux autres barres d'immeubles existantes.

 

   Elle a été très mal accueillie à sa construction entre 1945 et 1952. Son succès est venu plus tard puisque aujourd’hui ses habitants la décrivent comme « extraordinaire, géniale, impressionnante » et peu nombreux sont ceux qui souhaitent déménager. La cité radieuse de Marseille est une vraie « ville dans la ville ». En plus de 360 appartements, elle abrite des cafés, des restaurants et différents commerces ; son toit loge une piscine, une école maternelle et un théâtre en plein air.

 

   

Figure 8: Toit de la cité radieuse de Marseille (crédit photo Olivier Helio).

 

 

    Bien que le principe de ce projet soit audacieux, la Cité radieuse reste une réussite. Elle est la preuve que le Modulor est bien un système de mesure au service de l’homme. Le Corbusier a fait de l’architecture un art au service de l’homme se reposant sur des données scientifiques. La cité radieuse est bien plus un succès sociologique qu'artisique.

 

    Dans ces deux exemples d'architecture, l'art et la science se complètent pour se plier aux dimensions de l'homme. Cette notion est par ailleurs présente dans les œuvres de Léonard de Vinci.